Feuillet spectral – Paris, 20 août
20 août
J’ai vu le Zombie Jésus sur la ligne 1. Pas encore parti en vacances, mon frère. Je lui ai demandé, mais il n’entend même pas, tellement perdu entre ses rêves du passé et ce qu’il reste du présent.
Dans l’oreille, le faux rire collectif des animateurs du Europe 1 (ou RTL, RMC, même France Inter parfois), c’est devenu une mécanique sonore quotidienne :
Trois ou quatre voix (animateur, chroniqueur, invité complice) qui rient ensemble, pas parce que la blague est drôle, mais parce que le format exige de finir léger, complice.
C’est un rire de connivence, une ponctuation forcée. Un signal sonore pour dire à l’auditeur : “détends-toi, on est entre amis.”
Le pire, c’est que ce rire est synchronisé — une fraction de seconde après la “vanne”, les micros éclatent tous ensemble. Tu entends que ça ne vient pas du ventre, mais du devoir de finir le segment sur un ton sympa.
Comme une bande-son de la banalité : tout le monde rigole, personne ne trouve ça drôle.
Je note: l’expression classique en français pour dire qu’on maquille la réalité par des mots vagues, abstraits, rassurants. Le jargon des politiciens et communicants, préparé pour “améliorer le quotidien” et “accompagner les Français dans leurs déplacements.
Directive; Il faut impérativement éviter de nommer directement ce qui dérange (on ne dit pas chômage massif, mais transition professionnelle).
j'écoute “Starlight” de Muse — parfait, j’aime bien que tu balances parfois ce que tu écoutes, ça donne une couleur au moment où tu écris.
D’ailleurs, ça colle bien à mon carnet spectral : un spectre dans Paris qui marche au rythme d’un morceau cosmique, un peu mélancolique mais puissant.
Un spectre peut être possédé par un autre spectre? Suis-je spectre?
Dans le wagon ce matin, presque aucun visage blanc. Les uns sont partis en vacances, les autres n'en ont pas les moyens. Deux vitesses, deux mondes. Mais personne n’imagine les plus modestes. Chacun s’agite, absorbé par ses banalités, ses petites angoisses du Moi. Paris devient une ville superposée : une carte invisible que personne ne regarde.
On dit pas pauvres mais modestes et oui je me moque d'eux car le mot pauvre touche trop près de la vérité.. modeste c'est cette manière de parler comment s'appelle Velin? Améliorer le quotidien le blablacar de transport les politiciens
On dit “modeste” au lieu de “pauvre.” Comme si la langue était un sparadrap. Ça couvre, ça évite de saigner en public.
On dirait Être pauvre, c'est comme la gravité : on le ressent à chaque étape de la journée, d'une manière ou d'une autre. J'ai du mal à trouver des mots pour l'expliquer, mais être pauvre est éprouvant sur le plan cognitif, car une personne pauvre doit constamment utiliser plus de puissance de calcul mentale pour survivre, car elle doit beaucoup plus de facteurs de contrainte lorsqu'elle prend la moindre décision.Je me cache derrière mon arbre, rue pavée. Respirer. Invisible, mais ça respire encore.
Une femme passe. Derrière, je regarde sa coupe : carré parfait, un travail de précision. Mais les yeux glissent plus bas, et soudain l’équilibre tombe. Comme si les lignes ne s’accordaient pas. Cruauté de l’œil, pardonne-moi.
Et puis une mère : « Non, chérie, on ne va pas à la plage, on va à la crèche. » Fin de l’illusion. La fille voulait l’été, elle avait le quotidien. Comme nous tous.

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