Feuillet spectral – Paris, 21 août
Feuillet spectral – Paris, 21 août
Il fait frais ce matin. J’ai dû enfiler un pull. Rue Pavée, j’arrête mes pas devant un panneau blanc : « Permis de construire modificatif – PC 075 104 21 V0027 M01. »
Paris Habitat promet une réhabilitation lourde. Les mots sont choisis : modification d’aspect, améliorer le quotidien. Sparadraps collés pour cacher la plaie.
Jamais ils ne disent qu’on gratte les murs de cette rue médiévale, dont subsiste l’hôtel d’Angoulême-Lamoignon, aujourd’hui bibliothèque. Plus loin, la synagogue de Guimard, étroite et verticale, rescapée d’un siècle d’hostilité.
Un motard silencieux a failli me tuer en traversant.
À Franklin-Roosevelt, les escaliers mécaniques sont en panne — encore. En bas, un homme noir s’acharne à allumer une cigarette sans succès. Ses mains sont marbrées de blanc. Vitiligo. Comme si une autre peau voulait surgir en dessous, un double spectral. Peut-être lui aussi déjà à moitié dans notre club.
Au bureau, deux collègues féminines m’accompagnent. On dit que le spectre est en forme ce matin. Mais quand je les compare à la garde rapprochée de Khadafi, la blague tombe à plat. Silence immédiat. Les vivants savent très mal rire de leurs spectres.
Les vivants construisent, réhabilitent, plaisantent, rédigent.
Les morts observent. Les morts prennent note.

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